La structure IMRAD pour un mémoire de master
La structure IMRAD est le plan standard des publications scientifiques internationales. Elle désigne le découpage en quatre parties : Introduction, Méthodes, Résultats et Discussion. Progressivement adoptée dans les mémoires de master en psychologie, en santé publique et dans les sciences sociales empiriques, elle impose une rigueur que les jurys universitaires apprécient. Ce guide explique comment elle fonctionne, dans quelles disciplines elle s'applique, et comment éviter les erreurs les plus fréquentes.
Qu'est-ce que la structure IMRAD ?
IMRAD est un acronyme né dans la littérature médicale dans les années 1970. Il désigne le plan en quatre parties qui structure la quasi-totalité des articles publiés dans les revues scientifiques internationales à comité de lecture. Depuis, son usage s'est étendu bien au-delà de la médecine : on le retrouve en psychologie, en sciences infirmières, en santé publique, en sociologie quantitative et en sciences de l'éducation.
Son principal avantage est la lisibilité qu'il impose. Un jury, un directeur de mémoire ou un relecteur expérimenté sait exactement où trouver chaque information. La question de recherche se trouve dans l'Introduction. Le protocole est dans les Méthodes. Les données brutes sont dans les Résultats. L'interprétation est dans la Discussion.
Il faut cependant distinguer deux niveaux d'application. Dans certaines disciplines comme la santé publique ou la psychologie clinique, la structure IMRAD est imposée par les revues de référence et, par extension, par les directeurs de mémoire qui y publient. Dans d'autres disciplines comme les sciences de l'éducation ou la sociologie, elle est recommandée pour les travaux à dominante empirique mais reste facultative pour les travaux théoriques. Comprendre dans quelle catégorie se situe votre mémoire est la première décision à prendre avant de commencer à rédiger.
- I
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Introduction - poser la question
La section Introduction construit le cadre de votre travail. Elle s'ouvre sur le contexte général du sujet, puis développe une revue de littérature synthétique qui montre que vous connaissez ce qui a déjà été fait. Elle identifie ensuite le manque dans les recherches existantes, c'est-à-dire la question à laquelle personne n'a encore répondu, ou à laquelle les réponses existantes sont insuffisantes. Elle se termine par la formulation explicite de votre question de recherche ou de votre hypothèse, et par une annonce du plan. L'Introduction représente généralement entre 10 et 15 % du mémoire total.
- M
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Méthodes - décrire ce que vous avez fait
La section Méthodes décrit le protocole de votre étude avec suffisamment de précision pour qu'un autre chercheur puisse reproduire votre travail. Elle présente le design de l'étude (qualitatif, quantitatif ou mixte), la population étudiée ou le corpus constitué, les critères d'inclusion et d'exclusion, les outils de collecte de données (guides d'entretien, questionnaires, grilles d'observation) et les procédures d'analyse (codage thématique, analyse statistique, analyse de contenu). Elle se rédige au passé composé ou à l'imparfait. Elle représente environ 15 à 20 % du mémoire.
- R
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Résultats - présenter les données
La section Résultats expose vos données de façon neutre, sans interprétation. C'est souvent la section la plus mal comprise par les étudiants, qui ont tendance à commencer à interpréter dès qu'ils présentent un résultat. L'interprétation appartient à la Discussion. Ici, vous montrez ce que vous avez observé, mesuré ou recueilli : tableaux, graphiques, verbatims d'entretiens, statistiques descriptives. Chaque résultat présenté doit répondre directement à la question de recherche formulée dans l'Introduction. La section Résultats représente environ 20 à 25 % du mémoire.
- A
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Discussion - interpréter et contextualiser
La Discussion est la section la plus exigeante du mémoire et la plus valorisée par le jury. Elle interprète vos résultats en les confrontant aux travaux existants présentés dans l'Introduction : vos résultats confirment-ils, nuancent-ils ou contredisent-ils ce que la littérature disait ? Elle identifie ensuite les limites de votre étude, qu'elles soient méthodologiques (taille de l'échantillon, biais de recrutement) ou épistémologiques. Elle se termine par des perspectives pour les recherches futures. La Discussion représente environ 25 à 30 % du mémoire.
Le « A » dans IMRAD ne correspond à aucune section propre. Certains auteurs l'utilisent comme conjonction de coordination (« And » en anglais), d'autres pour désigner l'ensemble formé par les Résultats et la Discussion. Dans l'usage courant francophone, IMRAD désigne simplement les quatre sections décrites ci-dessus. Certaines publications ajoutent une Conclusion distincte après la Discussion, ce qui donne parfois l'acronyme IMERDC, mais cette variante reste minoritaire dans les mémoires de master français.
Quand utiliser la structure IMRAD ?
La structure IMRAD n'est pas universelle. Elle s'applique aux travaux qui produisent des données empiriques : entretiens, questionnaires, études de cas, analyses statistiques, revues systématiques de la littérature. Elle ne convient pas aux disciplines où le raisonnement est purement argumentatif, doctrinal ou herméneutique.
La distinction fondamentale est entre une recherche qui produit des données et une recherche qui construit une argumentation. Si votre mémoire consiste à analyser des textes de loi, à construire un raisonnement philosophique ou à développer une thèse dialectique, le plan classique en deux ou trois parties est plus adapté. Si votre mémoire consiste à mener des entretiens, à administrer des questionnaires, à analyser des données statistiques ou à conduire une revue systématique, la structure IMRAD est la bonne approche.
Dans les disciplines intermédiaires comme le management, les ressources humaines ou les sciences de la communication, les deux structures coexistent. Un mémoire de master en management qui conduit une étude qualitative auprès de dirigeants d'entreprise peut tout à fait adopter la structure IMRAD. Un mémoire qui développe une réflexion stratégique sans terrain empirique utilisera plutôt un plan dialectique. Le choix dépend en dernier ressort de votre directeur de mémoire et des exigences de votre établissement.
Vérifiez les exigences de votre directeur de mémoire avant de choisir. Certains acceptent les deux structures, d'autres imposent l'une ou l'autre. Une erreur de plan peut coûter plusieurs points à la soutenance.
Les erreurs les plus fréquentes
Interpréter dans les Résultats
La section Résultats présente les données brutes, sans interprétation. C'est l'erreur la plus fréquente. Elle se manifeste par des formulations comme « ces résultats montrent que » ou « on peut en déduire que ». La section Résultats décrit : « 73 % des participants ont déclaré… », « l'analyse thématique a fait émerger trois catégories… ». L'interprétation appartient à la Discussion. Di Brico et Zakonova montrent que cette confusion entre les deux sections est la principale difficulté des étudiants confrontés au format IMRAD pour la première fois (3).
Une Introduction sans question de recherche explicite
Une Introduction qui ne se termine pas par une question de recherche clairement formulée prive le reste du mémoire de son fil directeur. Le jury ne sait pas ce que vous cherchez à démontrer. Il ne peut pas évaluer si vos Méthodes sont adaptées, si vos Résultats répondent à ce que vous cherchiez, ni si votre Discussion va au bout du raisonnement. Formuler une question de recherche précise est souvent l'étape la plus difficile du mémoire, mais c'est aussi la plus décisive.
Des Méthodes insuffisamment détaillées
Omettre les critères d'inclusion et d'exclusion, ne pas décrire le guide d'entretien, ne pas expliquer la procédure d'analyse rend le mémoire non réplicable. Un jury scientifique considère cette lacune comme un défaut méthodologique grave. Quelqu'un qui n'a pas participé à votre étude doit pouvoir la reproduire entièrement à partir de la seule lecture de votre section Méthodes. Si ce n'est pas le cas, la section est insuffisante.
Une Discussion sans confrontation à la littérature
Interpréter ses résultats sans les confronter aux travaux présentés dans l'Introduction produit une Discussion sans ancrage. Lakshminarayanan et Krishna soulignent que la Discussion est la section la moins structurée du manuscrit scientifique, et que son efficacité repose sur la capacité à articuler résultats propres et littérature existante (4). Vos résultats vont-ils dans le même sens que les travaux de référence de votre domaine ? S'en écartent-ils ? Ces questions sont celles auxquelles la Discussion doit répondre.
Des limites absentes ou réduites à une formule
Identifier honnêtement les limites de son étude est un signe de maturité scientifique. Un jury expérimenté connaît les limites de votre protocole mieux que vous dans bien des cas. Les passer sous silence ou les réduire à une formule générique du type « notre étude comporte des limites » est perçu comme un manque de recul, pas comme de la prudence. Les limites à identifier sont de deux ordres : les limites méthodologiques (taille de l'échantillon, biais de recrutement, durée de l'étude) et les limites épistémologiques (ce que votre approche ne peut pas capturer, les généralisations qu'elle ne permet pas).
Utiliser la structure IMRAD dans une discipline qui ne l'exige pas
C'est une erreur moins fréquente mais potentiellement rédhibitoire. Un étudiant en droit qui présente un mémoire structuré selon IMRAD risque de désorienter son jury, habitué au plan dialectique. De même, un étudiant en lettres ou en philosophie qui tente d'adapter sa réflexion à ce cadre risque de perdre en profondeur argumentative ce qu'il gagne en apparence de rigueur empirique. La structure doit servir le propos, pas l'inverse.
Quelques conseils pratiques pour rédiger chaque section
L'Introduction : du général vers le spécifique
L'Introduction s'ouvre sur le contexte large du sujet, puis se resserre vers le problème spécifique que vous allez traiter. Commencer directement par la question de recherche sans avoir posé le contexte laisse le lecteur sans repère. Rester trop longtemps dans les généralités noie la question de recherche.
La revue de littérature n'est pas un inventaire de tout ce qui a été publié sur le sujet. C'est une sélection des travaux qui éclairent directement votre question. Un jury préfère une revue courte et bien argumentée à une liste longue peu commentée.
Les Méthodes : décrire pour permettre la réplication
Rédigez les Méthodes comme si vous expliquiez votre protocole à un chercheur qui n'était pas présent lors de votre étude. Décrivez chaque étape dans l'ordre chronologique. Justifiez vos choix : pourquoi des entretiens semi-directifs et non directifs ? Pourquoi ce nombre de participants ? Pourquoi cette méthode d'analyse ? Ces justifications montrent que vous avez construit votre protocole plutôt que de le subir.
Les Résultats : présenter avant d'expliquer
La discipline à acquérir dans la section Résultats est de présenter avant d'expliquer. Décrivez ce que vous observez. Si vous avez conduit des entretiens et fait une analyse thématique, présentez les thèmes émergents avec des verbatims à l'appui. Si vous avez administré des questionnaires, présentez les fréquences, les moyennes, les distributions. Laissez les données parler d'elles-mêmes dans cette section. L'explication viendra dans la Discussion.
La Discussion : répondre, confronter, contextualiser
Commencez par répondre directement à votre question de recherche en une ou deux phrases. Développez ensuite en confrontant vos résultats aux travaux présentés dans l'Introduction. Certains résultats confirment des études existantes, d'autres s'en écartent. Les divergences sont souvent les plus intéressantes pour la discussion.
Terminez par les limites et les perspectives. Les limites doivent être précises, pas génériques. Les perspectives découlent de ce que votre étude n'a pas pu traiter.
Questions fréquentes
Références
- Pontille D. Matérialité des écrits scientifiques et travail de frontières : le cas du format IMRAD. In : Hert P, Paul-Cavallier M, éditeurs. Sciences et frontières. Fernelmont : E.M.E. ; 2007. p. 229-253. Disponible sur : https://shs.hal.science/halshs-00268991
- Gross AG, Harmon JE, Reidy M. Communicating Science : The Scientific Article from the 17th Century to the Present. Oxford : Oxford University Press ; 2002. 296 p.
- Di Brico K, Zakonova K. Bridging the Gap : Adapting IMRaD to Meet Student Needs. Young Scholars in Writing. 2025 ; Disponible sur : https://youngscholarsinwriting.org/index.php/ysiw/article/view/408
- Lakshminarayanan S, Krishna N. Writing an effective discussion section in a manuscript. Cosmoderma. 2025 ; Disponible sur : https://cosmoderma.org/writing-an-effective-discussion-section-in-a-manuscript/
- Thompson P. Thesis and dissertation writing. In : The Handbook of English for Specific Purposes. Wiley Online Library ; 2025. DOI : 10.1002/9781119985068.ch21
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